l'instant norvégien

6 Septembre 2013 - beeeeh!

On se fait reveiller par des moutons qui envahissent la forêt au petit matin, on ne s’y attendait pas vraiment et je dois bien mettre 10 bonnes secondes avant de comprendre où je suis, pourquoi j’ai mal au dos, et pourquoi il y a des bruits de moutons partout. On retourne sur Dombås pour acheter des bouteilles de gaz et des allumes feu. Je ne suis pas encore habitué à marcher avec un sac à dos et je me casse la gueule comme une tortue en essayant de descendre de la voie de chemin de fer qui bordait la forêt: la paume de ma main droite est un peu arrachée mais on a vu pire.

Dombås c’est une sorte de carrefour au bord d’une route importante qui se sépare vers Åndalsnes au nord-ouest et vers Oppdal au nord-est. Donc il y a plein de camions, de 4x4, de stations service et de fastfoods, ça donne l’impression d’être au Canada.

On décide de quitter la civilisation après avoir tenté de demander des infos sans succès à l’office de tourisme devant laquelle se trouve un troll poilu de 3 mètres, jusque là tout est parfaitement normal. Puis on se perd dans une sorte de zone industrielle, on tourne en rond avec la boussole, object magique dont on ne connait pas grand chose pour l’instant. J’en arrive à me convaincre qu’on est sur le bon chemin alors qu’on est genre à 4km de l’endroit que l’on cherche. Au bout de 2 heures, on trouve enfin où on est et on continue sur une petite route qui doit nous mener en hauteur. On traverse une forêt avec des myrtilles et des framboises, on est content car on se dit qu’on va en trouver facilement partout. C’est sans compter sur le fait qu’on est un peu cons et que passé les 1000m d’altitude, il n’y a plus que des buissons, tout juste assez pour faire du feu.

On s’arrête pour manger pas loin d’un ruisseau, déjà il commence à y avoir de moins en moins d’arbres et il fait plus froid. Je découvre avec stupeur que le riz rond (celui qui a survécu à l’explosion dans le sac) c’est pas bon, genre vraiment pas bon. Il faut le mélanger avec de la moutarde et le mâcher 23 bonnes secondes avant de pouvoir avaler. Après ça c’est toujours pas bon. Dommage, on en a 3kg et c’est notre principale source de nourriture pour les jours à venir.

On trace assez vite et on continue de monter avant d’arriver à ce qui ressemblera à notre paysage quotidien pour un petit moment: devant des montagnes, derrière des montagnes, à gauche des montagnes, à droite des montagnes et au milieu une sorte de tundra rousse parsemée d’arbustres, de moutons, de moustiques et de marécages. On continue toujours sur le chemin et on arrive à un village perdu au milieu de rien. Il y a de l’herbe sur le toit de certaines maisons: pas de doutes on est bien au nord.

À un moment Faltad s’arrête pour me montrer un rayon de soleil qui frappe les flancs d’une montagne, c’est la classe sauf que c’est derrière nous: devant nous c’est le Mordor, un énorme nuage noir encadre une montagne peu acceuillante. On croise des chasseurs de rennes (probablement), ils ont tous des jumelles et des fusils avec de gros silencieux, et nous dévisagent sans dire un mot, probablement pour s’assurer qu’on est pas des rennes: au loin on en a vu un qui dépeçait “quelque chose”.

Il est 18h quand on pose la tente en face d’un lac bordé de petites cabanes de pêcheurs. Il fait froid et il y a du vent et donc il fait encore plus froid, on devrait passer la nuit au sec malgré les marécages environnants. J’ai des courbatures partout, je me découvre des muscles qui n’ont pas dû être solicités depuis quelques années. Je tente d’aller pêcher dans le lac mais c’est un échec critique, il nous reste 2 saucisses Bunnpris que l’on grille sur un feu improvisé avec des racines. Je m’amuse à l’idée de ce que cette soirée aurait été sans allume feu; on aurait probablement fini par manger les racines plutôt que d’essayer de les brûler.

Ensuite je me rends compte que j’ai oublié mes méga-chaussettes anti-froid, anti-faim, anti-moustiques, anti-tout-ce-qui-est-chiant, et je dois pester pendant bien 10 minutes, avant de rentrer dans la tente, satisfait d’avoir pointé du doigt l’injustice de ce monde. À ce moment il commence juste à pleuvoir, et on s’estime heureux d’avoir eu le temps de monter la tente.

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